Extrait de la semaine!
Publié le 4 Mars 2013
Voici un petit extrait de ma lecture en cours : Le parfum, de Patrick Süskind.
"L'espace d'un moment, il fut si désorienté qu'il pensa effectivement n'avoir jamais vu de sa vie quelque chose d'aussi beau que cette jeune fille. Pourtant il ne voyait que sa silhouette à contre-jour. Ce qu'il voulait dire, naturellement, c'est que jamais il n'avait senti quelque chose d'aussi beau. Mais comme malgré tout il connaissait des odeurs humaines, des milliers et des milliers, des odeurs d'hommes, de femmes, d'enfants, il ne parvenait pas à comprendre qu'un parfum aussi exquis pût émaner d'un être humain. Habituellement, les êtres humains avaient une odeur insignifiante ou détestable. Les enfants sentaient fade, les hommes sentaient l'urine, la sueur aigre et le fromage, et les femmes la graisse rance et le poisson pas frais. Parfaitement inintéressante et répugnante, l'odeur des êtres humains... Et c'est ainsi que, pour la première fois de sa vie, Grenouille n'en croyait pas son nez et devait requérir l'aide de ses yeux pour croire ce qu'il sentait. A vrai dire, cet égarement des sens ne dura pas longtemps. Il ne lui fallut en fait qu'un instant pour vérifier et, cela fait, s'abandonner plus impétueusement encore aux perceptions de son odorat. Maintenant, il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation."